IA et avocats : secret professionnel et guide du CNB

Mis à jour le · 4 min de lecture · Rédaction werqly

En bref

Un avocat peut utiliser l’IA, mais les informations couvertes par le secret professionnel n’ont pas leur place dans des modèles d’IA publics. Le secret de l’article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 couvre consultations, correspondances et pièces du dossier, y compris face aux éditeurs de logiciels, et le guide du CNB sur l’IA générative place ce secret au premier rang. Un environnement d’IA réservé au cabinet, sans fournisseur de modèle externe, y répond le mieux.

Ce que les règles exigent

Le secret professionnel de l’avocat est général, absolu et illimité dans le temps. L’article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 couvre les consultations, les correspondances et les pièces du dossier, et l’article 2 du Règlement intérieur national (RIN) en précise la portée. Ce qu’un client confie reste confidentiel, y compris face aux éditeurs de logiciels. Un service d’IA dans lequel un collaborateur colle des conclusions est un tel éditeur.

Le Conseil national des barreaux (CNB) a publié en septembre 2024 un premier guide pratique sur l’utilisation des systèmes d’IA générative. Ses points clés :

  • la protection du secret professionnel vient en premier : ne pas soumettre d’informations couvertes par le secret à un outil qui ne garantit pas leur confidentialité ;
  • pseudonymiser les données avant de les soumettre à une IA générative, en remplaçant noms, adresses et autres éléments identifiants ;
  • respecter le RGPD, vérifier les conditions d’utilisation et la localisation des données ;
  • rester compétent, prudent et indépendant : l’avocat vérifie ce que produit l’IA et en répond.

Au niveau européen, le CCBE a publié en octobre 2025 un guide sur l’usage de l’IA générative par les avocats, dans le même esprit.

Un avocat peut-il utiliser ChatGPT ?

Pour des tâches générales sans lien avec un dossier, comme se faire expliquer une notion juridique ou reformuler un texte anonyme, oui. Pour le travail sur dossier, la version gratuite ou Plus ne convient pas : pas d’accord de sous-traitance, et les saisies peuvent servir à l’entraînement.

Une version entreprise avec contrat est un progrès, mais le texte part toujours chez un fournisseur d’IA externe, dont la maison mère est hors de l’UE et soumise au CLOUD Act américain. Pseudonymiser chaque document avant usage est possible, mais fastidieux et faillible sur de gros dossiers. Chaque cabinet doit évaluer si cela est compatible avec le secret professionnel, et pouvoir le justifier auprès de son bâtonnier et de ses clients. Voir aussi ChatGPT est-il conforme au RGPD ?

Là où l’IA aide vraiment un cabinet

  • résumer conclusions, correspondances et décisions ;
  • produire une première version de courriers types, mises en demeure et notes ;
  • chercher et comparer dans vos propres modèles, clauses et consultations antérieures ;
  • établir chronologies et synthèses à partir de dossiers volumineux ;
  • audit d’acquisition : structurer de gros volumes de documents et signaler les écarts, sous le contrôle d’un avocat.

C’est précisément dans ces travaux que la saisie contient le plus d’informations confidentielles. D’où l’importance de savoir où tourne le modèle, plus encore que de savoir lequel.

Des outils épars à une politique du cabinet

Le guide du CNB ne demande pas d’interdire, mais d’encadrer. Concrètement :

  1. Un seul environnement d’IA validé plutôt que des comptes individuels par avocat.
  2. Des droits par pôle ou par équipe, pour que les dossiers d’un client n’apparaissent pas dans l’environnement d’une autre équipe.
  3. Des garde-fous qui arrêtent numéros de dossier, identifiants et autres données nominatives quand c’est nécessaire.
  4. Un journal d’audit qui montre qui a utilisé quel modèle et quand, pour votre propre contrôle et vis-à-vis de l’Ordre.
  5. Une information des clients sur l’usage de l’IA, prévue dans la convention d’honoraires ou la lettre de mission.

werqly installe pour cela un nœud d’IA dédié dans la salle serveur de votre cabinet. Les modèles sont open-weight et ne tournent que là : aucun fournisseur de modèle externe ne reçoit le texte, et la pseudonymisation n’est plus la seule barrière. Dans werqly AI Control, vous définissez par rôle quels modèles, sources et automatisations sont autorisés. Plus de détails sur l’IA pour les avocats et notaires.

Questions fréquentes

Questions sur ce sujet

Que dit le CNB sur ChatGPT ?

Le guide du CNB de septembre 2024 place la protection du secret professionnel en premier : pas d’informations couvertes par le secret dans un outil qui n’en garantit pas la confidentialité, et une pseudonymisation des données avant toute soumission. Les questions générales sans lien avec un dossier restent possibles.

Dois-je informer mon client de l’usage de l’IA ?

Le CNB recommande la transparence envers le client, notamment sur l’usage de l’IA et son impact sur les honoraires. Beaucoup de cabinets le prévoient dans la convention d’honoraires ou la lettre de mission, avec une courte explication de l’outil utilisé et du lieu où il tourne.

Cela vaut-il aussi pour les notaires ?

Oui. Le notaire est tenu au secret professionnel sur les actes et informations dont il a connaissance dans l’exercice de ses fonctions. L’arbitrage est similaire : actes, testaments et données patrimoniales ne doivent pas se retrouver chez un fournisseur d’IA externe.

Un outil de legaltech européen suffit-il ?

Cela dépend du lieu où tourne le modèle et de qui traite le texte. Un fournisseur européen supprime le risque de transfert vers les États-Unis, mais reste un sous-traitant externe. Un environnement réservé au cabinet garde les informations couvertes par le secret à l’intérieur.

Sources

  1. CNB — Le CNB adopte un guide sur la déontologie et l’intelligence artificielle
  2. Loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, article 66-5
  3. CCBE — Guide sur l’utilisation de l’IA générative par les avocats (octobre 2025)
  4. Lefebvre Dalloz — IA et avocats : un guide pratique du CNB pour la conformité

Cet article est une information générale, pas un conseil juridique. Les règles et les recommandations évoluent ; en cas de doute, consultez les sources citées ou votre juriste ou DPO.

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